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Au commencement : Celliers

9 janvier 2011 – 18h, première étape du voyage : Le village de Celliers, dans le Massif de la Lauzière.

C’est ici que tout a commencé. Nous avons choisi de vivre dans ce coin de paradis il y a quelques années. Nous vous proposons plus bas, en image, des vues du village et de ses habitants. Ci dessous, notre rencontre avec Gugu, chez lui, qui nous raconte la vie du village, des années 20 jusqu’à aujourd’hui.

Nous roulons de nuit. La petite route sinueuse file fièrement vers le col de la Madeleine. Le brouillard, toujours ce brouillard, qui s’installe dès que la neige cesse. Nous voyons à peine le bout des phares, mais nous la connaissons par cœur cette route qui nous mène à Celliers, plus exactement à La Thuile, premier hameau des trois lieux-dits qui forment le village de Celliers.

Au détour d’un virage, on aperçoit enfin les lumières qui auréolent les quelques maisons perchées à flan de montagne. Autour, tout est noir. On sent la présence pesante des montagnes qui forment le massif de la Lauzière. En dessous, encaissé en fond de vallée, le ruisseau de l’Eau Rousse demeure invisible. On entend le bruit de l’eau qu’on devine froide, tonique, fuyante. Nous arrivons et sentons l’odeur familière, cette odeur de froid, d’humidité, de forêt. Toujours cette même odeur qui résonne à nos sens et provoque ce sentiment de plénitude que nous ressentons à chaque fois.

Éclairés par des lampadaires à l’ancienne, nous avançons jusqu’à notre maison. Au milieu, les rues enneigées, puis de part et d’autre les granges au bois encore humide, et les maisons aux volets clos, qui attendent leurs prochains visiteurs. À droite les petites ruelles filent en pente raide vers la route. La neige a recouvert les marches en pierre, qui ne forment plus que de légères vagues de relief sous la neige. Elles seront bientôt investies par les luges des quelques gamins de passage dans le village. À gauche on entend le craquement des branches et le bruit de la neige fraîche qui tombe des sapins. La forêt dense et noire qui surplombe le village est toujours plus impressionnante la nuit, dans l’atmosphère calfeutrée et étouffée des jours de neige. Les trois bassins, où autrefois les femmes lavaient le linge et prenaient l’eau nécessaire à la vie quotidienne, sont pleins. On entend le doux bruit calme de l’eau qui coule sans discontinuer dans les bacs en pierre, comme un chant permanent qui rythme le temps.

Des miaulements se font entendre doucement derrière nous. Le bruit du bois qui grince dans la grange voisine, nous fait nous retourner. Un doux froissement de foin et les miaulements reprennent, plus plaintifs. Un museau apparaît entre deux planches de bois écartées par l’usure, une patte, puis une deuxième et enfin le corps tout entier, frêle, d’un chat noir aux poils longs, emmêlés pas le sommeil et brillants sous la lune. Notre chatte nous accueille comme à son habitude. Son mouvement de recul au premier contact de ses coussinets avec la neige nous fait deviner qu’elle a certainement passé la journée dans cette grange à dormir et chasser les habituelles souris qu’elle ramène fièrement sur le pas de la porte. Elle file entre nos jambes et court jusqu’à la terrasse, où elle s’assied en ronronnant de plaisir à l’idée d’une sieste devant le poêle encore chaud à l’intérieur.

Un fois rentrés et installés nous sortons comme à notre habitude pour faire le tour du village ou marcher sur le chemin qui mène au Chezalet. Dehors, une silhouette se découpe dans la nuit. Casquette gavroche vissée sur la tête, Gugu, notre voisin rejoint sa terrasse pour fermer ses volets. Nous le saluons et commençons à échanger quelques mots. Il commence à nous parler du temps, de cette neige, qui autrefois tombait en abondance, jusqu’à bloquer le village entier. Du haut de ses 88 ans, il nous regarde, l’œil fier et brillant de nous raconter la vie d’avant. Gugu, personnage hors du commun, témoin du temps qui passe, de l’histoire et du patrimoine de ce petit village qui constitue aujourd’hui notre coin de paradis. Mais il se fait tard, et nous convenons de nous retrouver le lendemain.

Laure et Olivier

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