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Rajasthan – Danses traditionnelles

Danses traditionnelles du Rajasthan et du Gujarat – Udaipur

Représentation à la Bagore Ki Haveli le 31 août 2011 (suivi d’un entretien avec les musiciens et les danseuses le 1er septembre 2011)

Au détour de notre passage à Udaipur, nous assistons à une représentation de danses traditionnelles du Rajasthan. Emerveillés par la beauté des costumes, la dextérité des femmes et l’originalité des gestes, nous revenons le lendemain, une heure avant la représentation, pour discuter avec les artistes, les musiciens et les danseuses. Les explications qui viennent nous ont gentiment été données par Himani Lory, le gérant du spectacle qui nous a accueilli à bras ouverts, trop heureux de nous raconter l’origine de ces danses et ses significations. La discussion se déroulant parfois dans un anglais approximatif, certains aspects nous ont échappés. Aussi, les éclaircissements suivants sont loin d’être exhaustifs.

La première danse qui apparaît se nomme « Chari dance » et est originaire du Rajasthan. Les pots remplis de feux que ces danseuses portent sur la tête sont une réinterprétation d’une cérémonie qui se déroulait pendant les mariages. À une époque plus lointaine, il n’y avait pas d’électricité dans les maisons, aussi, tout était éclairé à l’aide de lampes à huile accrochées au plafond ou bien portées avec soi. Ces jeunes femmes « coiffées de feux » symboliseraient les filles de compagnie de la jeune mariée pendant la cérémonie. La future mariée était voilée et cachée (donc gardée dans le noir) jusqu’à ce qu’elle soit autorisée à rencontrer son futur mari pour la première fois. À ce moment, les jeunes filles se déplaçaient autour de la mariée et éclairaient ainsi son visage, le révélant à son époux et à l’assistance. Les postures particulières que l’on voit (assises, buste vers le bas ou vers l’arrière) sont des mouvement directement tirée du Yoga féminin.

La deuxième forme de danse présentée se nomme « Teratal dance » et est originaire de la province du Gujarat. Cette danse ne peut être interprétée que par des femmes de la communauté Kamad (une caste). Il s’agit d’une formulation d’une prière au dieu Babaramdev, une incarnation de Krishna. Les petits instruments qu’elles tiennent entre leurs doigts, et leurs orteils sont des Maziras, des sortes de petites cymbales. Cette danse reprend de façon symbolique toutes les tâches quotidiennes accomplies par les femmes (à une époque plus lointaine, mais ce qui est toujours vrai aujourd’hui et plus que jamais en Inde). Trop occupée par la cuisine, l’herbe à couper, les vaches à traire, les enfants à élever… ces femmes n’avaient pas le temps de prendre un moment pour prier. Elle priaient alors, en même temps qu’elles exécutaient leurs tâches quotidiennes. Aussi, ces danses/ musiques réinventent la prière et réinterprétant les gestes de la vie quotidienne : on aperçoit le geste de la traite des vaches au début (mains de haut en bas en alternance), ou bien le geste de couper l’herbe (une main en haut et l’autre qui « fauche » de gauche à droite devant), ou encore le geste de  préparer le beurre (une main en haut et l’autre qui « touille » en cercle devant)…. Cette forme de danse n’est pas écrite. Elle se transmet de génération en génération au sein de la caste.

La « Ghoomer dance », originaire du Rajasthan, voit ensuite entrer 7 femmes habillées somptueusement de Saris de couleurs différentes. Ces femmes sont toutes issues d’une noble caste. Leur visage est voilé pour ne pas être vues des autres hommes de l’assemblée. La chanson et leurs gestes expriment simplement une prière qui s’adresse à leurs maris. Chaque geste à une signification précise, comme un langage. Toute la chorégraphie se déroulent en cercle et les femmes tournent également presque en permanence sur elle même créant une sorte de cocon de prière au centre. Elles ne stationnent jamais face au public. La prière ne pouvant s’exercer que dans un mouvement perpétuel, toujours en cercle.

La danse « Bhawai » conclue la représentation. En provenance du Gujarat, cette danse est directement inspirée de la vie éprouvante des femmes du désert. Les pots accumulés sur la tête illustrent la marche éprouvante des femmes des villages qui parcouraient ainsi des kilomètres pour aller chercher de l’eau. La chorégraphie passe aussi par quelques « épreuves » (marche sur du verre pilé, sur une assiette), qui sont en réalité une réinterprétation des soucis et des problèmes du quotidien auxquels ces femmes devaient faire face.  On peut affronter tous les problèmes, tous les drames et apprendre à vivre avec. On peut être heureux dans l’adversité ; ainsi se veut le message délivré par cette danse.

De notre entretien avec les danseuses, il ressort plusieurs réponses importantes. L’art et la culture sont une affaire de famille et de génération avant tout. On est danseur ou chanteur de père en fils ou de mère en fille. Les enfants apprennent auprès des parents et son « projetés » sur scène vers l’âge de 10 ans pour remplacer le parent absent. Ces femmes rencontrées dansent par amour de la tradition, par passion pour leurs coutumes, certaines nous ont dit danser par patriotisme. Toutes ont cette envie profonde de donner, de faire partager, de transmettre. Ces danses sont toutes, de près ou de loin liée à la vie quotidienne, à la religion, à la coutume. Elles sont donc le témoignage  vivant d’une civilisation, d’une culture d’une petite partie de l’Inde du Nord.

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Laure et Olivier

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